Dans la perspective des grandes vacances, rêvons un peu. Rêvons de grandes étendues verdoyantes, de contrées lointaines, de communion avec la nature, de calme et de sérénité. Il y a quelques années, nous aurions pu trouver tout cela en Alberta au Canada. Mais aujourd'hui, cette province est devenue le nouvel eldorado pétrolier. Depuis la montée des prix du baril et la pénurie programmée du pétrole, les grandes compagnies pétrolières se sont résolues à investir dans cette extraction plus que couteuse.
Ces terres de sables bitumeux nécessitent des quantités astronomiques d'eau et d'énergies pour parvenir à séparer le sable du pétrole. Là-bas, on ne pompe pas, on filtre. L'extraction revient alors à bruler l'équivalent d'un baril de pétrole pour en produire 2. Conséquence directe, l'Alberta est devenue une plaie béante à même la terre. Paysage lunaire où la totalité de la faune et de la flore a déserté l'emprise de cette ancienne forêt boréale. Les oléoducs ont remplacé les arbres. La forêt est bétonnée et cimentée à perte de vue. L'air n'est plus qu'une vaste concentration de gaz à effet de serre. Les indiens et les poissons du lac Athabasca développent des formes extrêmement rares de cancer dans des proportions très élevées. Là-bas, les tumeurs développées par les poissons ont la taille d'une balle de ping pong.
A un bout de la chaîne, il y a les compagnies pétrolières qui rejettent dans la rivière les eaux polluées de la raffinerie, qui promettent que toutes les mesures sont prises pour dépolluer le site et qui assurent que leurs activités n'ont rien à voir dans la dégradation de la santé des riverains.
A l'autre bout de la chaine, il y a les travailleurs qui débarquent à Fort Mac Murray à l'affut des 5000 dollars mensuels versés à un soudeur débutant. Une partie d'entre eux, à qui ce flot d'argent a brulé les doigts, finit dans la rue à consommer leur salaire en crack. Mais la grande majorité débarque en famille pour 4-5 ans, le temps de se constituer un petit pactole avant de repartir. Ils s'installent dans des caravanes de fortune ou des mobil-homes tout confort car le prix des maisons est proportionnel au niveau de salaire. Une mère de famille témoigne. Elle explique que la vie est rude, qu'il fait froid, que les conditions de travail sont pénibles, qu'il n'y a rien ici. Mais bientôt ils revendront leur mobil-home à de nouveaux arrivants et ils partiront 2000 ou 3000 km plus au sud pour couler des jours meilleurs dans la maison de leur rêve. Au moment où elle explique que venir en Alberta c'était le sacrifice d'une vie, mon regard se pose sur le couffin posé à ses pieds. Sa petite fille dort, âgée seulement de quelques mois. Là-bas, en Alberta, la vie est une affaire qui se gère à court terme.
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